Le blog d'Alexis Peltier - Pilote de brousse et photographe

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Récit n°7

Par Alexis Peltier :: vendredi 07 avril 2006 à 00:34

Du 01 Avril 06 Atacama au  7 Avril 06 arrivée Lima Pérou 

 

 


 

Écris en Colombie, Cali le 14 Avril 06, je sais que l’on est sur le WE de Pâques….

La dernière fois que nous avons eu le luxe de s’asseoir derrière l’ordi, j’en étais à l’arrivée à San Pedro au Chili, donc….

 

 

Mathilde et Mariano, ami de Wilfred, passionné de vol, sans moyen, règlent toutes leurs vies en fonction de cette passion. Ils ont tout perdu lors du crash financier en Argentine en 2001 (elle est Chilienne, lui Argentin). Afin de rester en contact avec l’air, il s’est construit un pendulaire en copiant un chariot Air création avec un vieux moteur 503 Rotax. En dépit de l’avis de tous, ils sont partis s’installer a San pedro afin de pouvoir vivre de l’activité touristique et de voler sur ce superbe désert à plus de 10.000 Pieds d’altitude. Ils sont maintenant 3 à voler là-bas. Ils furent vraiment heureux de prendre les airs à bord de l’Aircam qui a aussi tant fait rêver Marciano. Ils nous ont cherché un hôtel où l’on a rencontré de sacrés caractères, dont Sarah qui fait le tour du monde à pied depuis 17 ans. Soirée Pizzas, chez Mariano et leurs voisins. Ils vivent dans  12 m2, il est pilote professionnel ! un couple sympa, courageux sur le départ vers l’Argentine maintenant que les choses vont mieux. Finalement, les 15 jours à Santiago nous ont fatigués et la nuit sous l’aile dans le froid, nous a fini. Nous décidons de rester un jour de plus sur San Pedro. Le lendemain matin, je pars en vol sur ce fabuleux désert de l’Atacama, c’est sublime, j’en rêvais depuis que j’étais petit… J’y suis pour de vrais, avec l’avion de mes rêves. Mariano aussi  éclate de joie de voler sur l’Aircam,   il  en bave d’envie depuis qui l’avait vu à Santiago. Je l’avais toujours dit que je volerai sur le désert de l’atacama en Aircam, j’ai le cœur serré d’émotion… C’est beau, c’est tellement beau ! De retour sur terre, organisation de l’essence, petite remise à jour Internet, confection d’un filtre à carburant. Le soir, retour à l’avion afin de faire le plein. Grosse frayeur, du filtre jaillit des étincelles d’électricité statique malgré la mise à la masse. Surprise, le soir, nous mangeons dans un petit resto tenu par un Toulousain avec Marciano, Matilda, Christian et Sarah qui arruve de Santiago … A pied….

 

 

C’est beaucoup trop tard, après avoir fait les allers-retours vers la station-service, que l’on décolle le lendemain 3 Avril pour Arica, 6h00 de vol. Attention touchante, Mathilde et Marciano écrivent un petit mot sur le côté du tableau de bord afin de voyager avec nous. Au démarrage, ils pleuraient d’émotion… Ils rêvent de faire comme nous, ce fut un départ qui donnait l’impression de laisser un peu de soit derrière nous. Décoller à pleine charge, sur un terrain à 10.000 Pieds, par une chaleur sèche accablante, on le sent passer…Le roulage fut long avec nos 170 Litres d’essence et le matériel, la montée fut également  lente avec un sol qui monte aussi vite que nous… Autre problème, le vent est contre nous, cela va être juste pour Arica ! Nous essayons de trouver des géoglyphes, ce faisant nous rentrons allègrement dans une Zone interdite et au moment ou nous contactons Iquique pour leurs demander les vents en altitude afin de connaître les chances d’arriver à Arica avant la nuit, la réponse fut brève et ferme -«CC-PZO, heading 270 immediat, you are in a P zone’ . Oups j’avais laissé le transpondeur sur On, cela faisait un moment qu’ils devaient se demander qui étaient ces uluberlus. Comble du comble, je regarde vite la carte, la partie que je lis m’indique une Zone P maxi 7500’, je suis à près de 9500’ a chercher un bon vent, je reprends mon cap, sinon good by Arica. Iquique me reprend, j’insiste sur ma position altimétrique, il reste très ferme mais courtois (Pour sûre, je me suis aperçu le soir que je lisais une info d’une zone voisine) et me demande mon estimée à Arica après nous avoir autorisé le cap au Nord en sortie de Zone, plutôt sympa les gars ! Finalement avec ces détours, nous n’arriverons pas avant la nuit à Arica ; je demande à dérouter sur Iquique après avoir fait 4H00 de vol. Piste gigantesque, nous filmons allègrement. Une fois posé, luxe du luxe, une voiture « Follow me » nous est envoyée. Nous filmons tout, sans nous apercevoir qu’il y a une partie militaire. À peine arrêté les moteurs, une jeep est déjà là, un militaire me demande les papiers, reste distant en m’informant de l’infraction des infractions en vol… Pénétré  une zone P ! Un autre militaire voit les caméras,   zut, la mayonnaise va prendre et avec Christian, nous arborons le sourire des sourires, en expliquant notre voyage ; puis de toute-bonne foie, je montre l’information zone de 7500’, par chance le militaire n’est pas pilote. C’est dans une très bonne ambiance que tout rentre dans l’ordre, je n’arrive pas à y croire. Même le « follow me » nous attends afin que nous ne portions pas nos sacs. Nuit à Iquique après 35 minutes de taxi et j’apprend la nouvelle tant attendue, notre autorisation du Pérou vient d’arrivée. Visite du centre ville inscrit au Patrimoine mondial. Repas au poisson et  crevé, nous nous  couchons  ! Mais pourquoi diable cette fatigue ne nous quitte pas, c’est dingue.

 

Le lendemain, Iquique étant un aéroport international, nous décidons de quitter le Chili  d’ici, sans s’arrêter à Arica. Dommage, nous apprendrons plus tard que Wilfredo avait prévenu ses copains pilotes, de notre voyage et passage chez eux… Ils nous avaient organisés une petite fête !!! Si nous avions su, cela nous brise le cœur de leur faire faux bon.

 

 Nous sommes un peu inquiet de rentrer  au Pérou, nous avions l’impression de voler un peu chez nous au Chili, avec une immatriculation et une licence de vol du même pays. Puis les Chiliens et Péruviens ont un lourd passé de conflits, ils ne s’aiment pas vraiment, nous avons entendu toutes sortes d’histoires qui ne  nous rassurent pas vraiment ! Puis en allant au centre d’opération, je m’attendais encore à avoir des problèmes pour la gaffe d’hier… Bien non, accueil très chaleureux, tapis rouge, on nous trimbale dans tous les coins de l’aéroport afin de régler l’administratif en sortie de territoire et c’est une très jolie contrôleuse qui nous donne les prévisions MTO. Je vous le dit, les Chiliens, c’est du pro de chez pro et sympa avec ça. En les quittant, ils nous disent avec un sourire narquois –« Au Pérou, vous allez nous regretter ».

 

Le 4 Avril,  nous rentrons au Pérou, à Tacna après avoir survolé cette côte Nord du Chili, fin d’un gigantesque désert, qui tombe dans le Pacifique en une falaise très impressionnante de plus de 1200 MTS. Cet océan  s’y écrase avec des vagues que l’on estime à plus de 10 MTS, là bas, au pied de cette marche titanesque ! Un gigantisme à faire frémir, Eclaire qui traverse la tête, une panne moteur serait très malvenue. Avant la sortie du Chili, nous tentons les derniers Géoglyphes dans la vallée de Lauca, qui servaient d’indication de directions aux caravaniers Incas sur la route d’Arica à San Pedro. Ce, dans la zone terminale de l’aéroport d’Arica. Le contrôleur est top, comme d’habitude au Chili, il essaye de nous indiquer les lieux. Ironie du sort, la seule trace que l’on trouve est un gros sigle « coca-cola » à flan de colline… C’est vrai qu’ils étaient drôlement en avance sur leur temps les Incas !

 

 

Bon, pas assez d’essence pour tourner plus longtemps, à Iquique il y avait un problème d’électricité, nous n’avons pas pu faire les pleins ; faut y aller ! C’est avec un petit serrement de gorge que l’on passe notre première frontière. En se posant à Tacna, accueil redouté…. Mais ce fut un accueil très chaleureux ! Afin de ne pas nous déranger, la douane et l’immigration viennent à nous, super sympa et agréable et première parole prononcée.. – « Vous venez du Chili, nous allons vous montrer que chez nous c’est mieux… ». Voyageur aérien, si vous rentrez au Pérou, faite le par Tacna ! Mais un bémol, pas d’essence sur place. Comme d’habitude, les pompiers de l’aérodrome, nous viennent en aide. Finalement, ce  n’est pas si mal le Pérou. Heureusement que les gens y sont adorables, car administrativement c’est l’enfer. Sur les demandes de transit, par sécurité, avec Christophe, nous avions mis un aérodrome tous les 300 Km… Ici, Aérodrome marqué, égal, aérodrome où l’on doit se poser !!!  0ups, à près de 100 Usd les taxes nav et attéro, ça ne le fera pas. Rien que pour modifier la route c’est dur, puis nous sommes arrivés par Iquique et non par Arica comme prévu, je n’ai toujours pas compris pourquoi mais cela semble compliquer les choses. Mucho problemo ! Les gars des opérations aviation sont adorables, ils souffrent eux même de ces lourdeurs, ils passent leur après-midi à refaire notre route, nous indique  un hôtel pas cher, 5 Usd par personne ! Les pompiers nous y amènent. Tops non ? Le soir, petite gargotte en cette petite ville bien sympa, nourriture excellente. Comme d’habitude nous nous s’écroulons, ce, après une grosse déception, le film des 2 derniers jours de vols, inexploitables. .Le montant camera semble vibrer, les risselants, je pense, n’aiment pas les différences thermiques. À Iquique, devant les militaires, ce fut impossible de vérifier quoi que ce soit, une caméra de plus aurait posé de sérieux problèmes ! Le lendemain, nous prévoyons un long vol vers Nasca. Un pompier de repos est là pour nous accompagner avec sa voiture. Ils sont vraiment adorables. Mais les modifications de route ne sont pas arrivées. Plus sympas que jamais, les contrôleurs y passent la matinée. 11h00 étant passés, plus la peine de décoller, autant en profiter pour rattraper du retard sur les données de vols, faire des photocopies de carte de navigation, nous n’avons rien sur le Pérou et enfin réparer les cracks du silencieux droit. Un des contrôleurs nous conduit toute l’après midi afin de trouver un atelier qui détient une machine à souder au TIG. Soudure hyper pro et le patron refuse de se faire payer ! Je retourne sur le terrain pour remonter le silencieux, pendant que Christian plonge dans internet pour faire de son travail de bureau. Remontage terminé à la lampe frontale, photo de famille avec les Bomberos de l’aéroport de Tacna ; un des leur me ramène à l’hôtel durant son service… Les Péruviens ont vraiment le sens de l’hospitalité.

 

Puis cette fatigue qui ne nous quitte pas, c’est dingue. Nuit lourde de sommeil après une soirée resto viande à se lécher les babines. Le lendemain, tôt, nous sommes, prêt à décoller après avoir resserrer le montant vidéo ; sur le plan de vol, détour pas Arequipa afin de ne pas faire trop de côtier. Un des pompier me donne son écusson ; un contrôleur, après m’avoir donné une paire de lunette de soleil, ayant perdu les mienne hier durant la course pour réparer le pot d’échappement, avec ses collègues, nous font des grands signes. Les péruviens, plutôt sympas pour un premier contact. Ce 6 avril, premier vol au Pérou, Tacna, -Nasca ; c’est mal parti, Arequipa refuse le vol par l’intérieur des terres 15 minutes après le décollage… Opération militaire en cours disent-ils ! Zut, re planifier la nav en vol, refaire, les estimations et tout et tout…. Puis, nous n’avons pas trop envie de se taper que du bord de mer ! Finalement, ce fut un vol de 6H15 fabuleux, une côte surprenante, des canyons  d’une profondeur de plus de 2500 MTS, du désert très minéral  et finalement passage à plus de 12500’ avant l’arrivée à Nasca… Nous qui nous attendions à un vol Côtier barbant ! Nasca, trafic d’enfer, plus de 150000 Touristes viennent y voir les fameuses lignes de Nasca, les soit disants pistes d’atterrissages pour extra-terrestre, qui finalement sont un gigantesque calendrier qui servait à connaître la période des semences venue, en coordination avec la  remontée des nappes phréatiques. Visite de courtoisie chez les contrôleurs, le chef de piste nous trouvent un hangar, puis un hôtel en face de l’aérodrome. Les autres pilotes sont adorables et se plaignent des lourdeurs administratives de leur pays. Nous aussi, pas le droit de survoler les lignes, c’est non spécifié sur la demande…Cela commence à nous chauffer les oreilles et nous négocions un passage à 4000 pied. Heureusement, ici les gens sont du genre humain cool, c’est OK. Lourde manutention habituelle entre l’essence, les affaires, le matos à ne pas laisser dans l’avion… J’aimerais voyager les mains dans les poches. Fin d’après-midi à remettre à jour la paperasse et comme d’habitude, nous nous écroulons exténué… Incroyable ! Lendemain matin, en piste à 5H45, afin de décoller avant le ballet incessant des avions sur les lignes de Nasca afin de descendre bien en dessous des 4000 pieds ; un pilote nous explique tous les trucs ! Mais c’est sans compter la paperasse…2H30 d’attente pour les reçus et comble du comble, Lima ne veut pas de nous, seuls les vols IFR y sont acceptés. Mais nous avions explicitement demandé un autre aérodrome pour ces raisons. Cela nous avait été refusé car nous sommes immatriculé au Chili. Sur la clearance, Lima y est imposé… Réveillé tôt, fatigué et le ventre vide, je montre gentiment les dents.

 

Christian, efficace comme d’habitude, ne me voyant pas revenir, met à jour ses GPS, vérifie à fond l’Aircam, le charge  et fait un peu de son travail de bureau… Coéquipier de rêve.

 

Après maint coup de fil, OK pour Lima mais si j’ai une mauvaise transmission radio, ils nous renvoient sur  Pisco. Impossible, je n’aurais pas l’essence pour le faire, encore des blablablablabla interminables avec un autre contrôleur tatillon qui ne veut être responsable de rien. Finalement décollage en pleine chaleur et au pic des vols touristiques. Le contrôleur qui s’est manifestement levé du pied gauche, n’a visiblement pas envie que nous allions voir les fameuses lignes. Pensant me coincer, me demande un report à 4000’ dans l’axe, qui, en avion normal, serait bien loin du point d’entrée des lignes de Nasqua… Hihihihi, nous sommes  en Aircam !  en deux longueurs et demie de piste, nous y sommes, il est vert le gars. Alors  commence d’incessantes demandes d’estimations sur des points dont nous n’avons pas la moindre idée et je n’ai pas envie de nous voir refuser l’autorisation de transit sur Lima si je prétends ne pas l’entendre. Je n’arrête pas de lui donner des « standing by », il m’a dans le pif le bougre. Nous faisons tant bien que mal quelques photos des lignes, nous ratons les plus belles… Il nous a finalement eu ! Au moment ou j’allais carrément l’envoyer c…r à sa énième demande d’estimation, il me relâche sur une autre zone de contrôle ! Nous redoutons très fort l’arrivée sur Lima.

 

 

Finalement, après un très beau vol de 4H00, arrivée en douceur en VFR, avec passage sur le centre ville, en une procédure hyper simple, contrôleur sympa et avec par chance du beau temps, dans ces contrées cela est plutôt rare à cette heure-ci. L’arrivée à Lima international,  c’est bien plus simple que le départ de Nasca. Assistance sol, « follow me » très cool, entre un incessant ballet de Boeing et un vent au sol très fort, levant des nuages de sable. Une compagnie aérienne privée nous accueil en ses murs avec l’Aircam, j’avais peur  de la force de ce vent et du souffle des gros-porteurs. Les types adorables, nous cherchent de l’essence voiture, nous facilitent tout le train train administratif, nous mettent à dispo chauffeurs et véhicules pour faire les kilomètres entre les differents bureaux et nous faciliter la sortie de  l’Aéroport. Taxi pour Lima centre, vers un hôtel sympa en plein cœur. Le tout, enfin léger, nous avons laissé nos équipements de valeurs dans les bureaux de piste. Du luxe, 20 USD chacun la nuit pour un 3 étoiles, en plein centre de Lima, c’est Byzance ce soir. Nous réunissons un peu d’énergie et direction centre ville. Je ne m’y attendais pas, c’est très beau et nous tombons sur le départ d’une procession religieuse assez spectaculaire… Le chemin de croix !

 

 

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